Discours - Fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles

 

Mesdames, Messieurs,

Je remercie le Bourgmestre de Bruxelles, cher Philippe, merci de nous accueillir dans ce lieu prestigieux. C’est une première pour lui et c’est un honneur pour nous.

Nous sommes au poste !

En ce jour symbolique, la Fédération Wallonie-Bruxelles est plus que jamais sur le qui-vive.

D’abord, je tiens à remercier tous ceux qui ont su prendre leurs responsabilités dans des moments où elles deviennent une exigence morale.

Notre institution est totalement singulière parce qu’elle repose sur les droits et les services aux personnes.

Nous sommes l’institution la plus proche, par ses affinités et ses compétences, des droits humains. 

Nombre d’entre-nous sont horrifiés par la dérive de notre société où les hommes et les femmes subissent au quotidien les affres d’inégalités de plus en plus criantes, d’un progrès mal partagé, d’une planète en souffrance climatique, de violences tant morales que physiques.

Les attentats, les propos guerriers, les atteintes à la dignité s’égrènent sur les fils d’infos.

La Fédération Wallonie-Bruxelles, avec ses outils d’enseignement, de culture, de politique de jeunesse, d’égalité des chances trouve une place particulièrement importante en cette veille du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. 

Comme sont médiocres nos petits jeux politiciens vis-à-vis de ces questions planétaires, universelles.

Chaque jour, les réseaux sociaux nous donnent le triste spectacle de propos dénigrants poussés parfois à l’extrême ; des mots qui blessent volontairement, des mots radicaux et souvent même violents.

Cela n’est pas sans conséquences sur le tissu des relations sociales.

Car du mot, parfois, s’extrait le geste.

L’incitation à la haine est un virus qui produit des effets désastreux sur la tolérance.

Je pense aux condamnations de l’homosexualité dans certaines régions du monde. 

Chez nous, également des jeunes ados, élèves, étudiants font l’objet de violence morale gratuite.

La Fédération Wallonie-Bruxelles s’est inscrite dans une campagne « Non à la haine » pour combattre le mal à la racine.

L’idée : ne rien laisser passer.

Partout où nous sommes, nous affirmons nos valeurs. C’est bien nous qui à l’Organisation Internationale de la Francophonie avons posé clairement le problème de l’acte de candidature de l’Arabie Saoudite à cette enceinte.

Nous y avons soulevé la question de la condition de la femme et de la liberté d’expression dans ce royaume.

Car pour nous, il est hors de question de transiger avec les valeurs.

Dans le même esprit, nous regrettons les provocations de ceux qui avec les mots jouent sur les peurs, le rejet de la différence pour en tirer une « gloriole » populiste toute éphémère. Que ce soit de l’autre côté de l’Atlantique ou en Belgique. 

Ne pas réagir, c’est déjà se compromettre. Cautionner, c’est perdre le sens de ses valeurs.

Tous nos outils, toutes nos compétences doivent être mobilisés afin de ré-enchanter une action publique porteuse de messages responsables, éthiques, et respectueux de l’être humain dans sa diversité. 

Sans angélisme aucun pour les adversaires de la démocratie.

Mais aussi sans compromission par rapport à ceux qui rongent la démocratie de l’intérieur.

Rendre ses lettres de noblesse à l’action politique dans un contexte de forte remise en cause passe par l’affirmation d’objectifs clairs, ancrés dans une vision.

C’est dans cet esprit que j’entends travailler au redéploiement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dans ses compétences essentielles qui contribuent autant à l’avenir de la société qu’à l’épanouissement de chacun et au développement économique de nos Régions. Comme la finalité du développement économique doit veiller au bien-être de tous et pas à celui d’une minorité privilégiée dans un marais de désespoir pour les plus faibles. 

Son enseignement a pour but de former des citoyens critiques et épanouis mais est aussi créateur de richesse économique, acteur de production de valeur ajoutée.

La recherche fondamentale, est mère de la recherche appliquée, à l’origine de tant de résultats concrets : elle est un atout remarquable dans l’attraction de l’investissement.

Elle nous positionne en candidat crédible, dans le cadre, du Brexit pour accueillir des agences telles que l’agence européenne du médicament ou encore le centre de traitement et de stockage de données de Galileo. 

C’est la raison pour laquelle nous soutenons avec force les budgets nécessaires.

Car le budget pour nous est un instrument de redéploiement économique et pas seulement une variable d’ajustement. 

J’ai plaidé cette cause devant l’Union européenne.

J’en retrouve également l’esprit dans la logique du plan d’investissement coordonné à l’échelon fédéral.

Je le redis ce jour, à l’occasion de notre fête et au moment où nous nous apprêtons à entrer en conclave budgétaire, avec à l’esprit des contraintes, des ambitions, mais aussi cette indicible part de rêve.  

Nous pouvons être les flambeaux de l’espoir pour ne pas simplement maudire l’obscurité.

Nous devons nous donner les moyens de réussir le pacte pour un enseignement d’excellence. C’est une obligation qui dépasse tout gouvernement et toute institution. C’est une obligation envers notre jeunesse et notre société. 

Ainsi, en 2018, quelque 45 millions d’euros supplémentaires seront investis par rapport à 2017, ce qui portera le montant total de l’investissement à près de 80 millions d’euros, conformément à la trajectoire que nous nous sommes fixée et qui montera progressivement en puissance jusqu’à quelques 250 millions d’euros en 2025, moment à partir duquel les bénéfices de ces investissements pourront inverser la courbe.

Ce sont les perspectives mais c’est d’ores et déjà du concret. Ainsi les 80 millions d’euros dégagés en 2018 vont permettre de renforcer des mesures aussi essentielles que l’amélioration de l’encadrement en maternel. 

Nous savons tous que nos tous petits ont besoin d’être accompagnés dans ces premiers pas de la vie et c’est pour cela que nous augmentons l’effectif de quelques 1 100 équivalents temps plein. Nous le faisons par étape. Un tiers est déjà en place.

De même, nous avons été sensibles au manque de moyens des directions d’école. Nous avons voulu poursuivre leur renforcement.

Nous allons aussi assurer davantage la gratuité scolaire. Enfin, nous répondons à la croissance démographique par la création de nouvelles places dans les écoles.

Pour cela, des montants doivent être mobilisés en dehors de la trajectoire d’assainissement, car il est aujourd’hui vital de conjuguer deux sens des responsabilités : la responsabilité budgétaire dont nous avons toujours fait montre et la responsabilité sociétale qui implique qu’on investisse dans l’avenir ; un investissement pour les Wallons et les Bruxellois, dont le retour, pour ne pas être immédiat, sera socialement et économiquement capital. 

À côté de cela, nous devons aussi nous donner les moyens de poursuivre l’indispensable refinancement de l’enseignement supérieur

Ainsi, une tranche supplémentaire de plus de 21 millions d’euros sera dégagée en 2018.

Par ailleurs, nul n’ignore les besoins du secteur de l’aide à la jeunesse.

Nous avons voulu les rencontrer. Par un premier refinancement de 11 millions en 2017 et nous  nous apprêtons à faire un effort complémentaire.

Je ne peux taire notre intérêt majeur pour le secteur non-marchand.

Et je me réjouis d’entendre que l’on partage désormais la position que je n’ai cessé d’affirmer quant à la nécessité de mettre en œuvre de nouveaux accords afin de rencontrer les besoins de ce secteur dont le rôle ne cesse de croître.

5 millions avaient été réservés au budget 2017 et un engagement avait été pris à hauteur de 10 millions pour 2018. Il est capital d’aller au-delà et que des moyens complémentaires soient dégagés pour 2019.

Nous aurons ainsi fait la moitié du chemin vers le passage à 100 % des barèmes, sous cette législature. Le reste pourrait faire l’objet d’un calendrier pluriannuel. 

Le redéploiement de la Fédération Wallonie-Bruxelles passe aussi par lesecteur de la jeunessel’accueil de la petite enfance – je mets personnellement un point d’honneur à ce que mon Gouvernement progresse dans la mise en place d’un statut pour les accueillantes.

Dans un moment où la diversité est si brutalement remise en cause, j’entends avec la même détermination répondre par la culture à ces défis.  

Tous ces éléments seront analysés dans les heures et les jours à venir dans l’esprit que je viens d’évoquer, afin de tracer des perspectives aussi ambitieuses que responsables pour notre institution. 

Notre institution qui fait régulièrement couler beaucoup d’encre. Mais tous ceux qui se sont exprimés ont affirmé combien ses compétences étaient essentielles pour notre avenir. 

C’est la raison pour laquelle plus que jamais il faut tenir la barre du navire de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Voilà ce que je veux dire quand je déclare que nous sommes au poste. 

Non pas dans une attitude passive, fataliste ou même simplement attentiste.

Nous sommes « vent debout ». 

Défenseurs des francophones de tout le pays,

Combattants des libertés et de la diversité culturelle.

Protecteurs des minorités.

Voilà ce qu’est notre institution.

Nous sommes dans une posture offensive ! Pour assumer pleinement nos compétences au bénéfice de tous, au bénéfice de l’ensemble des Wallons et des Bruxellois.

Voilà ce que je souhaite à chacun, à son niveau de responsabilité, car c’est autant la clef du bien commun que de l’épanouissement individuel.

Merci et bonne fête à tous !

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