Discours de la fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Mesdames et Messieurs, en vos titres et qualités,

Pierre Mendès France disait : « La République doit se construire sans cesse car nous la concevons éternellement révolutionnaire, à l’encontre de l’inégalité, de l’oppression, de la misère, de la routine des préjugés, éternellement inachevée tant qu’il reste un progrès à accomplir ».

Je vous rassure, je ne suis pas venu prêcher la révolution.

En revanche, je suis venu plaider pour que nous relancions la marche du progrès !

Lutter contre « l’inégalité, l’oppression, la misère et la routine des préjugés »… Qui oserait affirmer que cette mission que Mendès France assignait à la chose publique relève d’un autre âge ?

Inégalité, oppression, misère, préjugés… que l’on porte nos regards au loin ou qu’on les pose au coin de la rue, partout nous avons sous les yeux le rappel douloureux des maux qui nous assaillent.

Voilà pourquoi, j’estime que le temps est venu de réhabiliter l’égalité et d’en refaire la valeur phare de notre action.

L’égalité, c’est d’abord celle qui, par nature, existe entre les êtres humains, par-delà toutes leurs différences…

Une réalité niée avec une barbarie sans nom ces dernières années ; mais aussi une réalité malmenée à tous les niveaux, à travers les mille et une formes que peut revêtir le racisme.

« Si ça ne te plaît pas, retourne au Maroc » déclare-t-on  au cœur même du Parlement fédéral, sur des bancs qui ne sont pas ceux de l’infamie…

Ne polémiquons pas, l’indignation fut large et l’incident est clos aux dires de l’intéressée.

Mais l’écho de ces propos est douloureux, très douloureux aux oreilles des démocrates que nous sommes.

Douloureux et inquiétant car il s’inscrit dans la voie de la banalisation du propos raciste et de la libération de la parole haineuse… Nous pensions que cette pensée réactionnaire appartenait à des temps révolus : la voilà en pleine résurgence. 

Dans une France où la noirceur du Front se cache dans le bleu Marine ; 

En Allemagne, où, pour la première fois, le vaccin de l’Histoire semble ne plus garantir l’immunité ;

Dans les plaines d’Europe centrale et jusque dans la campagne électorale américaine ;

la régression des valeurs est générale et nous devons être les premiers à frémir de ce relativisme avec lequel nous abordons des propos naguère inacceptables.

Oh certes, il convient de rappeler que le racisme est un délit ; que des outils légaux existent pour nous préserver de cette dérive et que nous pouvons être fiers d’avoir été à l’avant-garde de ce progrès.

Mais la victoire contre ce fléau ne sera jamais le résultat de la seule peur du gendarme.

La lutte contre le racisme et toutes les formes de discrimination est un combat quotidien.

Un combat aux avant-postes desquels se trouve la Fédération Wallonie-Bruxelles. 

Les temps actuels réveillant les fanatismes nous imposent cependant d’éviter de tomber dans le piège de la division, du rejet de l'autre, de la stigmatisation et de la discrimination de communautés présentées comme l’incarnation de tous les dangers et de tous les maux de la société.

 

Nous devons agir en profondeur en prenant des mesures de sorte que l’ensemble de nos citoyens ‑ et les jeunes en particulier ‑ puissent croire en l’avenir et en leur avenir.

Mon gouvernement soutient quantité de projets citoyens comme  le dispositif de Promotion de la Citoyenneté et l’Interculturalité qui encourage la rencontre de différentes cultures, générations et milieux pour s’attaquer à la méconnaissance de l’autre, source de bien des craintes et comportements menaçants ;

Nous venons de lancer un outil numérique à destination des jeunes. Son but : susciter le débat, interpeller sur des questions de citoyenneté. Cela sera un bel adjuvant pour nos cours de citoyenneté;

Nous lancerons très prochainement une vaste campagne grand public de lutte contre le racisme et de déconstruction des préjugés.

Ou encore la campagne « No Hate » en partenariat avec le Conseil de l’Europe.

 

Mesdames, Messieurs, 

La culture et la création sont également un rempart contre la négation de l’autre et une arme pour celles et ceux qui, face à l’inacceptable, ont choisi de se lever pour résister.

Je veux donc saisir l’occasion de cette fête pour me réjouir du formidable atout que constituent les artistes et créateurs de Wallonie et de Bruxelles, à bien des égards, mais aussi dans cette approche positive de la société que nous devons soutenir ensemble.

Une autre arme sur laquelle notre Communauté peut compter est celle de l’enseignement qui est à la base de tout. Il permet de combattre l’ignorance, mère de tous les simplismes. Et nous sommes pleinement conscients du rôle primordial qu’endosse le corps enseignant dans ce combat.

Je plaçais ce discours du 27 septembre sous le signe de l’égalité.

Et cette égalité, force est de reconnaître qu’elle a déserté ce monde, si mal globalisé.

En son temps ‑ pas si lointain ‑, Pierre Desproges disait que « les aspirations des pauvres ne sont pas éloignées de la réalité des riches ».

Mais que dirait aujourd’hui ce féroce humoriste devant le spectacle d’un monde où nul pauvre, voire nul homme « ordinaire », n’aurait la folie de simplement aspirer à la réalité des super‑riches, tant celle-ci se trouve désormais au-delà de toute mesure.

L’Histoire l’a montré – et de funeste manière -l’injustice, combinée à l’absence de perspectives,  est à l’origine des plus vives tensions de notre société.

 

Et pour y faire face, la meilleure stratégie, la seule peut-être, a toujours été de renforcer les moyens d’émancipation matérielle et intellectuelle des individus, de chaque femme et chaque homme, par l’éducation, condition de toute insertion.

L’éducation, l’enseignement, pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, c’est avant tout le défi de la qualité et de la cohésion.

C’est refaire de notre système éducatif un vecteur d’insertion, d’égalité et de progrès.

Voilà pourquoi le principal chantier des mois à venir est le Pacte d’excellence.

Ce Pacte est notre Plan Marshall. Ce Pacte est une nécessité impérieuse. Une réforme concertée avec l’ensemble des acteurs de l’école que j’entends mener  jusqu’au bout avec l’ensemble de mon Gouvernement. 

Il doit bénéficier des moyens humains et financiers à hauteur de cet enjeu. 

Un chantier vital pour tous, qui doit mobiliser chacun d’entre nous et l’ensemble des niveaux de pouvoir.

Je me réjouis de l’intention du Premier ministre de soutenir un Pacte d’investissement dans lequel l’école a toute sa place.

Mais je me dois de dire que notre attachement à la loyauté fédérale est parfois heurté par des comportements interpellants.

Je songe plus précisément au respect du vivre ensemble entre  communautés de Belgique.

Comment interpréter le refus de répondre positivement aux besoins objectifs des francophones en matière d’attestations INAMI ?

Comment croire en la sincérité de d’aucuns, membres de la majorité fédérale, qui préconisent « Wij moeten de Franstaligen in de positie van vragende partij krijgen. Wij moeten de Franstaligen uit hun kot lokken » c’est à dire de mettre les francophones en position de demandeurs  en les contraignant à sortir de leur « trou ».

Veut-on nous faire sortir du cadre institutionnel au prix du délitement de l’Etat ?

Le piège est grossier et j’espère que tous les francophones - où qu’ils siègent – le mesurent bien !

Ma conviction est que l’ampleur des défis nous impose - plus que jamais - une action conjuguée à tous les niveaux. 

Je m’inscris à contre-courant de la pensée facile. Ca ne va pas ? La Belgique ? On la gomme ! L’Europe ? On la gomme ! La Fédération Wallonie-Bruxelles ? On la gomme. On ne construit pas des projets avec du Tipex.

Je pense au contraire qu’il faut agir en utilisant tous les niveaux. A cet égard,  je ne peux taire ma préoccupation européenne.

Cette Europe - qui célébrera en 2017 le soixantième anniversaire du Traité de Rome.

L’Europe, une des plus belles réalisations du siècle passé,  offre aujourd’hui au monde et à ses citoyens le visage de la désunion.

Désunion sur la question des dettes souveraines, désunion avec le Royaume-Uni ; désunion sur la politique à l’égard des réfugiés ; désunion sur la politique économique…

Reconnaissons que les Institutions européennes, dans leur ensemble, n’ont pas suffisamment porté l’espoir.

Si les citoyens se détournent de l’Europe, c’est en partie du fait de la faiblesse de la croissance économique, c’est aussi parce que les inégalités se renforcent et parce que la foi dans le progrès a fait place au fatalisme de la régression. 

Ce n’était pas cela le projet européen !

Ce n’était pas cela la promesse de l’Europe !

Si elle veut ré-enchanter ses peuples ou, plus modestement, retrouver la confiance de ses citoyens, l’Union doit démontrer sa capacité à soutenir une croissance durable de l’économie et de l’emploi, sa capacité de protéger les citoyens des effets négatifs du commerce mondial et sa capacité à répartir les fruits de la croissance avec plus d’équité.

Concrètement, cela signifie que nous plaidons pour une harmonisation fiscale et sociale vers le haut, l’achèvement de l’union bancaire, un contrôle renforcé aux frontières externes, l’assouplissement des règles comptables qui jugulent les investissements et une meilleure régulation du commerce international. Et permettez-moi de rappeler l’opposition de la Fédération  aux projets d’accords CETA et TTIP. 

Sur le plan européen, la Fédération Wallonie-Bruxelles plaide aussi pour l’amplification du principe de coopération renforcée. Ce mécanisme existe mais de manière insatisfaisante dans sa forme actuelle, comme le montre, d’ailleurs, l’incapacité à mettre en œuvre une taxation des transactions financières.

La zone euro constituerait le noyau idéal pour porter ces projets politiquement ambitieux.

Il est aujourd’hui vital de pouvoir traduire en actes notre ambition pour le projet européen, même si nul ne souhaite transformer l’Union en un super-État bureaucratique se mêlant de tout.

Voilà pourquoi, à mon tour, j’en appelle à une réforme en profondeur de l’Union européenne qui doit cesser d’être un projet comptable pour redevenir un projet politique global au service des citoyens.

Là aussi, il s’agit de servir notre quête de l’égalité ;

L’égalité qui se trouve au cœur des valeurs européennes ; l’égalité pour ne pas opposer les peuples entre eux, ni les travailleurs les uns aux autres.

L’égalité…Voilà la valeur, fondamentale et fondatrice, capable de redonner espoir, confiance et détermination aux citoyens et à tous les acteurs soucieux de rendre notre société à la fois plus efficace et plus fraternelle

Mesdames, Messieurs,

Jacques Attali écrivait dans sa Nouvelle utopie : « L'Égalité et la Liberté sont des droits, la Fraternité est une obligation morale ».

Rétablissons l’équilibre indispensable entre ces droits fondamentaux que sont la liberté et l’égalité et, n’en doutez pas, la fraternité fleurira, plus belle que jamais, entre des individus à nouveau convaincus que l’avenir appartient à tous, dans le respect de chacun.

Travaillons-y ensemble ; travaillons-y chaque jour, et cet espoir ne tardera pas à devenir réalité.

Merci pour votre présence et bonne fête à toutes et tous !