Demotte répond à Vervoort sur le Pacte d’excellence bruxellois? «Gardons plutôt une vision commune de notre enseignement» (Le Soir)

Ce mardi 23 janvier lors de ses voeux à la presse, le Ministre-Président de la Région Bruxelles-Capitale Rudi Vervoort a évoqué l'idée de la création d'un Pacte d'excellence bruxellois. Il est pourtant plus qu’important de garder une vision commune de notre développement en matière d’enseignement. Voici ma réaction dans le Soir (LE 24/01/2018).

Demotte répond à Vervoort sur le Pacte d’excellence bruxellois? «Gardons plutôt une vision commune de notre enseignement»

Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) s’est déclaré favorable à l’élaboration d’un Pacte d’excellence taillé sur mesure pour les élèves de la capitale. Dans cette carte blanche, le Ministre-Président wallon Rudy Demotte pointe « les dangers » de ce genre de discours.

La Fédération Wallonie-Bruxelles est un lien fort et nécessaire entre les francophones de Wallonie et de Bruxelles

Alors que des dizaines de milliers de Wallons et de Bruxellois vont travailler tous les jours dans l’autre région ; que de plus en plus de Bruxellois et de Wallons font le choix, à un moment de leur vie, de déménager et de partir vivre dans l’autre région ; que les entreprises, les universités, les artistes, les citoyens souhaitent pouvoir circuler le plus facilement possible d’une région à l’autre, d’un pays à l’autre, avec le moins de contraintes administratives possibles ; que les principaux enjeux en matière d’enseignement sont bien souvent les mêmes pour les élèves, les parents, les enseignants, les directions d’école… Il est plus qu’important de garder une vision commune de notre développement en matière d’enseignement.

Des propositions déjà prises en compte

Il est d’ailleurs frappant de constater que les propositions du Ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale Rudi Vervoort font toutes partie du Pacte pour un enseignement d’excellence : prolongement du tronc commun, abaissement de l’âge de l’obligation scolaire à 3 ans, augmentation de l’encadrement des élèves, renforcement de l’apprentissage des langues.

Ce n’est pas étonnant ! Car ces priorités, adoptées par le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ont été proposées par les acteurs de l’enseignement (représentants des parents, des directions et des enseignants), wallons et bruxellois.

Un enseignement sans frontières

Pas une seule fois au cours des discussions qui ont abouti à la rédaction du Pacte pour un enseignement d’excellence, ces acteurs wallons et bruxellois francophones n’ont évoqué, souhaité, exigé la nécessité d’une gestion distincte de l’enseignement, selon que l’on se trouve à Ellezelles ou Schaerbeek, à Liège ou Uccle, à Farciennes ou Evere…

Les différences et les points communs en termes de besoins en matière d’enseignement ne s’arrêtent pas tout net à la frontière entre la Wallonie et Bruxelles. La réalité est évidemment plus complexe, et peut varier d’un bassin à l’autre, d’une commune à l’autre, voire d’un quartier à l’autre.

Pour autant, et je pense rejoindre en cela Rudi Vervoort, je suis convaincu que la Fédération Wallonie-Bruxelles doit être un outil au service du développement de deux Régions. C’est bien comme cela que nous appréhendons notre rôle et notre travail.

L’intérêt d’une approche « par bassins »

Je voudrais aussi rappeler que l’exécution du Pacte pour un enseignement d’excellence reposera en grande partie sur le travail indispensable des pouvoirs organisateurs de l’enseignement dont notamment les communes, les provinces, et la Cocof à Bruxelles. Autant d’organes ancrés plus que nul autre dans les réalités régionales et sous-régionales. Des organes qui ont participé (via leur fédération) à la rédaction du Pacte pour un enseignement d’excellence. Des organes qui disposent en outre, par notre Constitution, d’une très grande autonomie en matière d’enseignement.

De même, je suis attaché à une approche organisationnelle de notre enseignement par « bassins », ce qui permet de coller au plus près aux besoins.

Gare à certains discours !

Enfin, en tant que Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais aussi en tant que socialiste, je voudrais vraiment attirer l’attention sur le danger des discours qui pourraient faire penser à certains de nos concitoyens qu’ils ne reçoivent pas ce à quoi ils ont droit parce que d’autres, habitant dans d’autres régions, ou d’autres sous-régions, recevraient trop et de manière peut-être moins légitime. Rachid Madrane, ministre Bruxellois de mon gouvernement, partage cette vision et reste très attentif à cet aspect.

Car nous savons tous où mènent ces discours.

Si, comme je l’ai dit, les défis de l’enseignement sont bien souvent les mêmes à Bruxelles et en Wallonie, je ne peux nier néanmoins que certaines réalités touchent plus certaines sous-régions que d’autres. Il est vrai ainsi que le nord de Bruxelles connaît une croissance démographique bien plus importante que partout ailleurs en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Une solidarité créatrice

Cela entraîne des défis très complexes à relever pour la Fédération Wallonie-Bruxelles en termes de création d’écoles. Mais ces défis ne sont pas moins complexes à relever au niveau de la Région pour ce qui concerne le logement ou encore les transports.

Au contraire, la solidarité intra-francophone qui s’exprime dans le cadre de la Fédération Wallonie-Bruxelles a permis depuis dix ans d’investir des moyens considérables dans la création de places dans les écoles bruxelloises. Des moyens bien plus importants que si nous avions appliqué dans nos investissements une stricte clé basée sur le nombre d’élèves wallons et bruxellois.

Ne créons donc pas de frontières, de séparations, de différences pour des raisons politiques, là où elles n’existent pas et où elles ne sont pas nécessaires.